L’erreur, premier carburant de la performance

L’erreur, premier carburant de la performance

Il y a deux manières de favoriser la performance d’une équipe.
1. En incitant chacun de ses membres à être individuellement plus efficace.
2. En favorisant la faculté d’adaptation (flexibilité, agilité) par la coopération.

On sait pratiquer la première. Les entretiens d’évaluation, les primes -privilèges, promotions ou blâmes, poussent les salariés à donner le meilleur. A court terme, ça marche, c’est sûr. Mais à long terme, cela s’accompagne souvent d’épuisement ou de désinvestissement (multiplication des burn-out).

Pour la seconde, elle est tout aussi efficace et permet même de conserver implication et efficacité sur le long terme. Malheureusement, nous avons culturellement de sacrées barrières !
Car la faculté d’adaptation a besoin de l’erreur pour s’activer… Et éviter les erreurs, faut le dire, on a ça dans la peau !

saut-erreurDans le cerveau, le centre qui gère la faculté d’adaptation est le même que celui qui gère le traitement des erreurs.
Si, par peur du blâme, les salariés développent un déni ou une stratégie d’évitement de l’erreur, c’est l’entreprise qui en pâtira par manque de flexibilité.

Blâmer les erreurs, c’est générateur de stress et abêtifiant, donc épuisant et contre-productif…

Idée reçue : la performance d’un groupe est la somme des performances individuelles.

Nous sommes convaincus que la performance d’une entreprise est la somme des performances individuelles de ses employés. Donc pour être plus compétitive, une structure doit encourager chacun à être plus rentable. Pour cela, elle a recours à des indicateurs pour évaluer le niveau d’efficacité d’un salarié, elle élabore un système de sanction-récompense pour favoriser son implication.
Cette individuation entraîne comparaison, compétition et individualisme. Chacun met en œuvre son instinct grégaire pour sa survie au sein de la boîte . Ceci augmente l’anxiété, la peur et active le stress. Très efficace à court terme, mais terriblement épuisant sur le long terme.

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© kolinkis.com

Hors de question, dans ce contexte de reconnaître ses erreurs, identifier celle des autres, et s’en réjouir.
Non mais puis quoi encore ? T’es malade ?

De ce fait, on met vite en place

  • un déni d’erreur ce qui affecte le partage d’informations (jusqu’à la rétention)
  • une stratégie d’évitement de l’erreur, génératrice de stress et très épuisante pour l’organisme

Autant de pains dans la figure de l’intelligence collective.
Y a-t-il donc un autre moyen ? Oui, et il est URGENT de s’y mettre.

Viser la performance collective plutôt qu’individuelle

L’alternative, est de solliciter la performance collective. Mais ceci passe par un incontournable : considérer l’erreur (la sienne ou celle des autres) comme un carburant nécessaire, une opportunité.

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© kolinkis.com

L’erreur est la nourriture du cerveau. Elle sollicite le cortex cingulaire, c’est le centre ESSAI-ERREUR , permettant l’exploration de l’environnement et la mise en œuvre de la faculté d’adaptation. En envisageant les erreurs comme des catalyseurs d’évolution, on ne se freine plus pour les identifier: les siennes et celles des autres ! Tant mieux !
Car le cortex cingulaire, pour frétiller a besoin :
– de vos propres erreurs pour stimuler le système de détection interne (aire motrice supplémentaire) .
– que vous échangiez avec vos collaborateurs, car ils détecteront mieux vos erreurs que vous (feedback extérieurs).
– des erreurs des autres car vous apprendrez plus d’elles que de vos erreurs à vous.

En favorisant une atmosphère de cohésion, de confiance et de bienveillance, en portant un regard positif sur l’erreur , l’équipe gagne en implication, flexibilité et créativité.

Quelle solution pour voir l’erreur autrement

Il ne suffit pas de dire aux membres d’une équipe qu’il faut changer de regard sur l’erreur pour qu’ils le fassent. Ce mauvais réflexe est entré dans notre ADN. Pour l’en faire sortir, il faut les impliquer dans des exercices qui poussent à la « célébration de l’erreur ».  Ainsi, ils constatent par eux mêmes qu’ils atteignent un degré de performance, grâce au groupe.

En théâtre d’improvisation nous avons un credo:  « Réjouis-toi de tes erreurs et des erreurs de tes partenaires de jeu ! »

Beaucoup d’exercices poussent à cette célébration. L’un deux consiste à faire marcher les participants dans l’espace. A deux d’entre eux, on remet une petite bouteille d’eau à moitié remplie. Dès que le regard d’un porteur de bouteille croise celui d’une autre personne, il la lui lance. Si  celle si tombe au sol, les deux s’étalent instantanément par terre en criant : « C’est ma faute ! « . C’est un exutoire formidable, où l’erreur est vue de manière positive et appartient à tous.

En exécutant plusieurs exercices de cette nature, chacun se rend compte que la posture adoptée libère l’intelligence du groupe et élève son niveau de performance.

Références :

  1. Les circuits du stress , Université de Genève, Faculté de médecine
  2. Comment apprendre des erreurs des autres ?, M Meunier & E Monfardini , INSERM à Lyon
  3. Dossier « L’erreur forge le cerveau » , Cerveau et psycho n°87, avril 017 , E Procyk & M Meunier, INSERM et CNRS à Lyon