Parents d’enfant handicapé: mieux gérer la réunion avec l’école

Parents d’enfant handicapé: mieux gérer la réunion avec l’école

Parents d’enfants handicapés: 5 conseils pour mieux gérer la réunion ESS

 

ecole-handicapLa réunion ESS et le dossier MDPH sont le cauchemar annuel des parents d’enfants handicapés. Quand arrive le mois de novembre, on sent le coup arriver, l’anxiété monte. Notre enfant a à peine entamé son année scolaire, qu’il va déjà falloir se positionner et âprement lutter pour son orientation. C’est donc parti pour la série de nuits d’insomnies, les journées de boule au ventre, et les auto-reproches du genre « Oh zut ! Faut que je prenne rdv avec le pedopsy pour le certif ! Ah, là, là faut que j’écrive à l’orthophoniste pour un bilan ! Et m… j’ai toujours pas appelé l’ergo…. »

Qu’est ce que la réunion ESS ?

Arrive le matin de l’ESS. Pour ceux qui ne connaissent pas, l’ESS c’est la réunion d’équipe de suivi de scolarisation . C’est en général une fois par an entre les mois de novembre et février. Autour de la table sont présents : l’enseignant référent (chargé d’encadrer la réunion), le chef d’établissement (ou directrice/eur), le prof principal (ou prof de la classe), le médecin scolaire, la psychologue scolaire, la conseillère d’orientation, l’AVS (auxiliaire de vie scolaire), les parents et l’enfant éventuellement renforcés de la psychologue, l’orthophoniste, l’éducateur SESSAD etc …

Quel est son objectif ?

L’objectif de la réunion est de faire un bilan de l’année et faire des choix d’orientation pour l’année suivante. Pour ceux qui ont leur réunion au mois de novembre, vous avez deux notes dans chaque matière pour faire un bilan et constater une progression. Bon courage ! A l’issu de cette réunion, on vous donne un formulaire rempli par l’équipe éducative: le GEVASCO, document indispensable à l’élaboration du dossier MDPH, lequel donnera droit à des allocations, une AVS, une place en SESSAD, etc…

Bref, si votre choix d’orientation concorde avec celui de l’équipe enseignante, allez y sereins. Par contre, si vous êtes de ceux qui suivent la lignée qui prône l’école inclusive : préparez vous, ça va être dur …. La majorité des parents dans ce cas décrivent l’ESS comme la réunion du « Tu t’en prends plein la figure ! ». Bien sûr, les professionnels ne le voient pas de la sorte, mais c’est ainsi que beaucoup de parents le vivent. Parfois on a la chance de tomber sur des enseignants-pépites-d’humanité, cela permet aux parents de respirer un peu . Merci tellement à eux !

Comment gérer la réunion ESS ?

Voici donc mes cinq conseils pour mieux faire face à la fronde :

Conseil n°1 : N’y allez pas seul !

Évitez d’aller seul à une réunion ESS. Si les deux parents peuvent être présents, c’est parfait, dans tous les cas, assurez vous de la présence d’un encadrant thérapeutique de votre enfant (Orthophoniste, psychologue, …) . Si les encadrants ne sont pas disponibles, faites leur écrire une lettre que l’enseignant référent lira au cours de la réunion.

Conseil n°2 : Laissez passer la vague !

J’ai été professeur pendant quinze ans, je sais donc ce qui trotte dans la tête de l’équipe enseignante. Beaucoup de profs se sentent démunis ou désarçonnés face à un enfant différent. Bien sûr on peut leur reprocher de ne pas être tolérants, mais ce n’est pas là que réside la solution. La formation des profs, surtout en terme d’accompagnement d’enfants différents (dyslexie, précocité, handicap) est de piètre qualité. Nous vivons dans un pays où nous-mêmes, enfants, nous avons peu croisé d’enfants handicapés dans nos classes…
Il faut l’avouer : « En France, les handicapés c’est comme la sauce : à part s’il vous plaît ! » .
Du coup, il faut accélérer le changement en créant une réelle formation. Il y a des avancées, mais c’est un travail de fourmi. Et sur le terrain, on a affaire à des réflexions maladroites.
Très souvent, la réunion démarre sur une liste de lamentations et un tableau très sombre de la scolarité de votre enfant. Souvent, on trouve qu’ ils y vont fort. Mais pourquoi ils y vont fort ? Parce que le chef d’établissement est confronté chaque jour à des profs déroutés car non formés. Son rôle étant de prendre soin de son équipe d’enseignants,  il doit faire part de leurs doléances. Et ce sont les parents qui y sont exposés. inclusion-handicap
Les arguments sont très souvent les mêmes :

  • « Nous ne sommes pas formés pour ça ! »
  • « J’ai déjà 29 élèves dont je dois m’occuper ! »
  • « Vous le maltraitez en le scolarisant ici ! »
  • « Les acquis n’y sont pas ! »
  • « Il a l’air de s’ennuyer! »
  • « Il lui faut un environnement adapté! »
  • etc…

Dans cette première phase, laissez passer la vague ! Ne dites rien ! Prenez des notes, ça vous aidera à rester calme et ça préparera mieux votre contre-offensive. Ne vous étonnez pas, une décharge émotionnelle doit se faire. Vous allez voir, cette première phase est très agitée:  les yeux sont écarquillés, le débit de parole très rapide, le volume sonore élevé. Les phrases décochées sont cinglantes, et vous marqueront à vie…. Laissez passer et notez.
Eux tout ce qu’ils ont dans la tête c’est que vous êtes un parent qui ne se rend pas compte et qu’il faut vous secouer pour que vous vous rendiez compte ! Mais je reconnais, ils veulent tellement qu’on se rende compte, que parfois leurs propos sont très abrupts. Ils vous mettent KO.

A un moment donné, la vague retombe, et là c’est à vous de jouer.

Conseil n°3 : Reformulez leurs arguments

Quand c’est votre tour, reprenez les arguments énoncés en les reformulant pour leur assurer à quel point vous les écoutez, vous les comprenez, et vous percevez leurs difficultés. Valorisez les en leur disant que vous prenez conscience des efforts d’accompagnement et d’adaptation qu’ils font. Et quand tout est apaisé, là, agissez !

Conseil n°4 : Avancez vos pions

  • Exposez un plan d’orientation en béton (si vous avez déjà pris contact avec des établissements, et une conseillère d’orientation c’est un atout). Concernant mon fils, alors qu’il n’était qu’en 5ème, j’avais déjà pris contact avec ado-autistedes lycées professionnels pour un CAP après sa 3ème. Le corps enseignant adore les plans d’orientation bien faits. Vous le rassurerez en étant très renseigné.
  • Exposez les arguments des thérapeutes. Pour cela, échangez avec eux en amont de la réunion, pour réfléchir à la bonne stratégie à mettre en œuvre. Quel est l’enjeu de la réunion ? Avoir une AVS l’année prochaine ? Rester dans l’enseignement ordinaire ? En ULIS ? En IME ? Du coup, quels sont les arguments à avancer pour servir cet enjeu ? Les encadrants thérapeutiques ont une connaissance affinée du profil de votre enfant et de son handicap, chose que n’a pas le corps enseignant.
  • Utilisez les arguments de l’équipe scolaire: lorsque vous avez pris des notes dans la première phase, certains de leurs arguments peuvent servir votre enjeu. Utilisez les donc!

 

Conseil n°5: A la fin, dites « Au revoir et Merci ! »  avec le sourire.

Et pourtant, je sais, ce n’est pas facile ! Mais  ne vous départissez jamais de votre bonne éducation et de votre flegme. Si vous le faites, vous n’ajouterez que du crédit à la bonne vieille théorie du « Il ne se rend pas compte ! C’est normal, c’est un parent, il est dans le déni, il ne veut pas admettre ! ».
Maintenant, je comprends, cette fureur intérieure doit s’exprimer. Personnellement, j’ai acheté un sac de frappe que je défonce en rentrant à la maison.

Dernière chose :

Dites vous que vous subissez les mêmes choses que des milliers d’autres parents. Vous n’êtes pas seul. Les piques que vous recevez sont envoyées à tous les parents. C’est vous qui avez raison, la société doit changer, alors tenez bon !